Pérou, un nouveau départ

Je viens tout juste de quitter l’Amazonie, le lieu que je rêvais d’explorer depuis que je suis haut comme trois pommes. Mais une fois qu’on a réalisé son rêve, que nous reste-t-il ensuite ?

 

L’arrivée à Manaus était quelque chose. Mais après, lorsque je me suis aventuré seul dans la jungle amazonienne, ce fut l’expérience la plus éprouvante de ma vie et désormais, je suis perdu. Et maintenant ? L’Amazonie désormais explorée, j’ai réalisé tout ce dont j’avais prévu de faire dans ma vie. Que me reste-t-il ? Trouver un nouveau rêve ? Euh … j’ai eu toute ma vie pour y réfléchir et j’avais déjà créé une liste assez massive et la voilà complétée avant ma 23ème année !
J’avoue être totalement perdu quand à ce que je dois faire. Mon destin m’a guidé jusqu’ici et honnêtement, je ne m’attendais à arriver aussi loin. Que faire désormais ? Je n’en ai aucune idée…

La seule chose que je peux faire en réalité, c’est de continuer à avancer au jour le jour, ne pas surtout pas s’arrêter. Je dois faire comme d’habitude. Je dois écouter mon Instinct. Quand je ne sais pas quoi faire, j’écoute mon instinct. Il ne m’a jamais trahi.

 

(Re)Débutons.

 

Un atterrissage réussi et des applaudissements plus tard (c’est l’usage en Amérique Latine), mon sang ne fait qu’un tour lorsque je ne vois pas mon sac à dos apparaître sur le tapis roulant. J’ai littéralement toute ma vie dedans.

« Volé ? Saisi par les douanes ? Un policier corrompu aurait-il mis de la drogue dedans pour me faire tomber ? »

Les pensées les plus extravagantes me traversent l’esprit. Le dernier des passagers de mon vol parti, il ne reste qu’un gros sac enveloppé dans du cellophane.

Ah, c’est le mien. Bizarre ? Bof, plus rien ne m’étonne.

Je me rends à Lima et plus précisément à Miraflores, un quartier plutôt riche en bord de mer. Gorgé de vie, d’activités et de touristes lézardant au soleil ? Oh que non ! Fini les caraïbes. Aucune plage de sable, aucun baigneur, aucun surfeur. Nous ne sommes pas en altitude et cependant le vent provenant des hautes montagnes à quelques kilomètres d’ici souffle un air glacial. Si glacial en fait qu’il me force à acheter une veste dans un magasin du centre-ville.  Je vais tout de même visiter le centre-ville. Histoire d’élargir un peu mes horizons.

Rues centrales dans un quartier coloré de Lima

Rues centrales dans un quartier coloré de Lima

Je ne sais pas, je ne sens pas trop inspiré par Lima. N’accrochant que peu à ce lieu trop froid à mon goût, je prends le bus en partance vers le Sud pour m’échapper de la capitale. Je vais me rendre à la demeure des Dieux. Je vais à Nazca !

 

En descendant du bus, j’entends un homme m’interpeler par mon nom.

« Hein ?! »

La réceptionniste de l’auberge de Lima avait appelé un de ses amis qui tient une auberge pour qu’il vienne me chercher. Ne le sachant pas, la surprise était de taille ! Mais une agréable surprise. Pour une fois, je n’ai pas à m’encombrer des détails !

Le péruvien s’appelle Marcos et sera mon guide/chauffeur/maitre d’hôtel pendant mon séjour à Nazca.

Il s’empresse de m’expliquer qu’il peut me conduire sans tarder à l’aéroport touristique, au cas où l’envie me titillerait d’admirer les géoglyphes aujourd’hui.

«-Hm… non. Emmène-moi plutôt à l’auberge. Je dois poser mon sac, prendre une douche et manger un morceau. Après un trajet de bus de nuit, on se sent toujours encrassé ! »

Mais on profite de spectacles valant toute la fatigue du monde. Le coucher de soleil hier soir dans le bus était magnifique.

coucher de soleil rouge sur la route de Nazca, au pérou

coucher de soleil rouge sur la route de Nazca, au pérou

Il se gare devant l’auberge et me propose :

« Je repasserais vous chercher tout à l’heure señor ? Vous savez, las Lineas de Nazca tracée par les anciens en l’honneur de leurs dieux valent le coup d’œil.
-Oui, mais demain. Aujourd’hui je vais visiter la ville ! »

J’aime sentir l’atmosphère des lieux que j’explore avant de commencer par les choses sérieuses.

Très impliqué dans l’aspect touristique de la ville, il s’empresse de m’indiquer les centres d’intérêts de Nazca. Voilà, les gens ici sont bien plus chaleureux qu’à la capitale !

Le centre-ville est curieux certes, mais les lignes de Nazca m’intriguent plus encore. Des figures d’animaux visibles depuis les cieux et toujours visibles après 1500 ans, je ne peux rater ça !

Cependant, avant de m’envoler, Marcos tient à me faire découvrir les alentours. Je débute par la zone des géoglyphes, mais depuis le sol. Si j’avais un doute, j’en ai désormais la certitude : ils sont effectivement invisibles depuis la surface. Non-loin de là, un site de fouille abritant une nécropole à ciel ouvert. Malheureusement, je n’ai trouvé aucun crâne de cristal dans les ruines !

Sur la route qui mène aux glyphes, je distingue des misérables cahutes large de 10 m², composées de paille et de terre.

Des cahutes de paille peuplent les bords d'autoroute dans le désert péruvien

Ces cahutes de paille peuplent les bords de route dans le désert péruvien

Oui, des gens vivent là-dedans. La pauvreté dans ce pays n’a absolument aucune comparaison à l’Europe. La nuit la température tombe au-dessous de 0°C et la paille n’est certainement pas réputée pour être un super coupe-vent. Ces gens-là ont la vie rude.

Je remonte en voiture et Marcos pointe du doigt la montagne.

« Une énorme dune de sable dépasse la montagne, regarde bien ! »

Il me faut quelques secondes pour accommoder et la voir. Effectivement, c’est sympathique. Mais en route pour les lignes !

Je dois attendre un long moment à l’aéroport local pour qu’un visiteur entrant dans mes critères se présente. La charge de portance de l’appareil doit être inférieure à une certaine limite.
Et étant un peu plus grand et lourd que la plupart des touristes (mais c’est que du muscle, pas les fajitas), seule une coréenne de 40 kilos peut compenser mon poids. Tiens, justement en voilà une ! Fin prêt, nous sommes donc : le pilote, le copilote, une coréenne et moi dans un minuscule avion 4 places.

Sur le départ à bord du minuscule avion péruvien

Sur le départ à bord du minuscule avion péruvien

Le décollage se fait très vite dans ce petit appareil, la sensation est impressionnante comparée à celle des airbus. Une cinquantaine de mètre et hop ! Nous sommes dans les airs !

Nous volons une grosse demi-heure durant laquelle les pilotes s’empressent de nous faire découvrir les merveilleuses figures gravées au sol, malgré tout difficiles à discerner au premier regard. Le singe et le triangle, l’astronaute, le colibri, l’araignée et bien d’autres.

colibri-oiseau-mouche-lignes-Nazca-perou-geoglyphe

Vu du ciel de l’oiseau-mouche long de 150 mètres, le plus grand des géoglyphes de Nazca

Ces géoglyphes sont tous plus surprenants les uns que les autres. D’après la légende, ces lignes s’étendant sur des kilomètres (car oui, il y a des lignes) sont destinées aux Dieux, puisque seul les Dieux possèdent leur demeure dans les cieux.

Les célébrissimes lignes de Nazca tracées pour les Dieux

Les célébrissimes lignes de Nazca tracées pour (et par ? ;-)) les Dieux…

Quoiqu’il en soit, l’intelligence et le travail nécessaire pour réaliser un tel exploit à leur époque et avec des moyens restreints sont exceptionnels. Des millénaires plus tard, on se questionne encore. C’est ce genre de mystère dont le monde manque cruellement…

Et malgré la beauté et l’incroyable précision de ces œuvres, je commence à me sentir quelque peu nauséeux. La carcasse volante vibrant de tous ses misérables boulons.

« Comme quoi, tout est possible ! » pensais-je, moi qui n’avais jamais eu mal au cœur de ma vie.

D’habitude, j’ai l’estomac accroché. J’ai passé des jours et des nuits sur un rafiot secoué au gré de l’océan sans histoire mais à cet instant précis, je ne me sens pas génial. Je me fais trop vieux pour ces…

À l’atterrissage, je bénis le sol que foulent mes pieds. Je file au centre-ville de Nazca manger un morceau et me remettre de mes émotions. Surtout que je quitte la ville cette nuit. Enfin, c’est ce qui était prévu. Mais à 1 h du matin, mon bus pour Cusco n’est toujours pas arrivé.

Super …

Heureusement, je ne suis pas seul à attendre ce bus qui a 4 heures de retard. J’ai en ma compagnie Janet, une fille originaire du pays de Galle.
Le peuple Gallois n’a vraiment pas une réputation de voyageur, c’est la toute première que je rencontre hors de l’Angleterre. Et quand je dis Angleterre, je veux dire Pays de Galle. Même à Londres je n’en avais jamais vu une seule ! Qui plus est, j’apprends qu’elle et moi avons tous deux traversés une ville bien sympathique du Honduras :

«- J’ai enseigné l’anglais pendant une semaine à San Pedro Sula, capitale du meurtre au Honduras. Je ne pouvais même pas sortir faire les courses. C’était trop pour moi, si tu savais ce que c’est là-bas…
– J’ai bien failli me prendre une cartouche de fusil à pompe dans l’estomac en allant retirer de l’argent. Et c’était un agent de sécurité qui me braquait ! répondais-je.
-Ah, alors tu connais ! » rie-elle.

Sur le moment, je ne riais pas trop. Mais oui, c’est comique une fois qu’on en sort vivant. N’empêche, elle est restée encore plus longtemps que moi. C’est bien une Galloise. Têtue et téméraire !

Le bus pointe finalement le bout de son nez et nous entrons dans Cusco peu de temps après le lever du soleil.

Je ne sais pas pour les autres passagers, mais moi je suis fracassé. Ces voyages commencent à m’épuiser !

 

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