La ville aux traineaux, partie 1/2

Après maintes péripéties, mon destin m’embarque dans une expédition prenant place sur les terres gelées du Groenland.

Ainsi, je monte à bord d’un brise-glace en partance vers le nord. Celui qui me sert de moyen de transport se nomme le Sarfaq Ittuk. Ce gigantesque navire semble habitué aux conditions climatiques difficiles. La mer houleuse est encore troublée par le blizzard de la veille. Les nuits sont encore longues et à bord, je ne trouve le sommeil que tardivement. Deux femmes kalaallits (les kalaallits sont au Groenland ce que les Inuits sont au canada) partagent ma cabine et leurs nouveau-nés ne cessent de hurler à cause du tangage. Au moins je ne suis pas dépaysé. Le tangage est si puissant qu’il me fait glisser d’un bout à l’autre de ma couchette sans arrêt. Essayez de dormir dans ses conditions !

Deux tours et demi de plus pour les aiguilles des heures et nous atteignons Sisimiut.

ville-hiver-Sisimiut-Groenland

Le ciel d’hiver resplendit sur la ville de Sisimiut, Groenland

À l’aide d’une carte de la ville placardée au port et de quelques passants me pointant la direction du doigt, je me dirige vers l’adresse indiquée par Jon. Mes pas me mènent devant une église pour le moins hors du commun.

Je tends l’oreille, soucieux, lorsque retentissent soudain des hurlements terrifiants. Des loups ici, au beau milieu de la ville ?!

Ah ! Point d’inquiétude ! Ce ne sont que des chiens de traineaux. Leur cri est si semblable, pendant un moment j’ai cru… mais non.

Tiens, maintenant que je regarde ma carte j’y repense. Aujourd’hui et pour la première fois de ma vie, j’ai traversé le célébrissime et néanmoins symbolique cercle polaire arctique, longeant l’exacte latitude 66° 33′ 45’’N (lisez : « 66 degrés, 33 minutes, 45 secondes Nord »).

Brrr. Rien que d’y penser, des frissons de plaisir me parcourent l’échine ! Ou peut-être n’est-ce que le froid cinglant de l’Arctique qui me pétrifie les joues ?

Devant ce qui me semble être une ouverture sous un porche couvert par 3 mètres de neige, mon visage s’illumine. Ah ah ! Le sigle « auberge de jeunesse » trône fièrement au-dessus de la masse blanche.

A l’intérieur, ma première action une fois mon sac déballé est de me diriger vers la cuisine et m’assoir à une table et manger.

Sur les tables blanches disposées aux quatre coins de la pièce, deux d’entres elles sont occupées. Sur l’une déjeune Piotr, un polonais de 60 ans à l’air robuste. Sur l’autre, un trio danois avec lesquels j’engage la conversation et bifurque rapidement pour inclure Piotr dedans. Et oui, sinon je ne connaitrais pas son prénom, hein !

Fort heureusement, nous sommes tous bilingue en anglais et une fois les présentations d’usages effectuées, Piotr part se coucher.

« Je suis fatigué de ce long voyage, explique-il. Bonne nuit à tous ! »

Bien. il ne reste que nous ! En discutant avec les danois, j’apprends qu’ils seraient bien tentés de découvrir les environs. Je leur fais part de mon désir d’aller me balader près des pistes de chiens demain.

« – On peut y aller tous ensemble ! s’écrie Elsa en lançant un regard joueur dans ma direction.

– Ça c’est une idée ! acquiesce Ana.

– Je vous suis ! dit Tom en hochant la tête.

– Et bien voilà ! Alors à demain ! concluais-je. Je vais suivre l’initiative de Piotr et me coucher ! La journée à été longue. »

Ainsi donc, le jour suivant, je pars me balader en compagnie de deux danoises et un danois dans cette petite ville de moins de 6000 habitants aux allures de contes de fée. Nous arrivons sur une piste de chiens de traîneaux où une multitude d’entre eux flânent paisiblement de part et d’autre de la piste.

traineaux-chiens-reposant-Sisimiut-Groenland

Les traineaux entourés par leur chiens sont déposés ci-et-là en attendant de prendre la route

Des traineaux, partout !

Elsa pointe du doigt deux d’entre eux, en riant :

« Oh, c’est trop mignon, ils jouent ensemble ! »

Je tourne alors la tête et éclate de rire.

« Regarde mieux. Ils ne font pas que jouer, ce mâle et cette femelle ! »

S’en suit un rire général de notre groupe et de longues discussion plus ou moins philosophiques sur la vie des chiens de traineaux. Nous longeons le magnifique port gelé où les bateaux doivent être délivrés de la glace chaque matin par leurs propriétaires.

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Les bateaux sont pris par la glace du port de Sisimiut, Groenland chaque nuit

Notre balade s’achève autours d’un verre dans un grand bâtiment communal non loin des pistes. Demain, je ne ferais pas que me balader !

 

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