Bus et poussière au Paraguay, partie 2/2

La première partie de ce voyage est assez étonnante.

 

Celle-ci l’est tout autant. Vous vivrez avec moi la plus grosse honte de ma vie ! Bonne lecture !

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La rivière Paraná, frontière naturelle entre le Paraguay et le Brési

Lorsque nous pénétrons enfin dans l’enceinte d’Asunción et débarquons du bus, chaque passager, grand ou petit, jeune ou vieux, s’extirpe de la carcasse roulante et inspire à plein poumons, goûtant de nouveau à l’air si doux et si pur dans une joie indescriptible.

À la frontière, j’ai eu l’occasion de discuter avec Tasha et Nick,un couple d’australien qui ont l’adresse d’une bonne auberge et nous partageons un taxi pour nous y rendre. J’adore ces rencontres inopinées. On se sait jamais sur qui on peux tomber et pourtant, je n’ai jamais eu une seule mauvaise rencontre (sauf une fois au Canada, je vous expliquerais peut-être un jour).

Par un heureux coup du sort, Marc, le gérant de l’auberge, est français. Cependant, l’endroit est plutôt vide. Les seuls clients sont Tasha, Nick et moi. Ah non, il y a ce vieux soldat français aussi. Mais le couple d’australien a été épuisé par le trajet. Tasha et Nick vont se coucher.

Ainsi donc, Marc le gérant, Franck le vieux soldat et moi-même restons discuter bien après le coucher du soleil. Lorsque la nuit tombée est fort avancée et que tout le reste du monde est assoupi, une atmosphère incroyable se dessine. Les dernières personnes éveillées sont comme connectées par un lien mystique. Les conversations deviennent passionnantes et se révèlent transporter des histoires riches en péripéties. Le vieux soldat me raconte son entrainement en Guyane quand il était jeune, les amis qu’ils a perdu au combat, la France qui n’est plus qu’un vague souvenir dans sa mémoire, sa vie de retraité en République Dominicaine.

Le gérant, quant à lui, nous raconte son histoire étonnante.

« Je suis venu ici en vacances il y a maintenant des années. Je n’était supposé rester que, quoi, deux, trois semaines, tout au plus ! Mais le destin s’est chargé de me faire changer d’avis en un coup d’œil. Je l’ai vu. Elle. On s’est parlé, on s’est aimé. Toute ma vie a basculé. Le coup de foudre. C’est ainsi que j’ai rencontré ma femme. »

Ils vivent heureux au Paraguay depuis.

C’est mon genre d’histoires préférées. Rien de tel qu’un beau conte de fée mélangeant amour, destinée et aventure pour bien dormir.

Après une bonne nuit réparatrice qui se prolonge fort tard, je me lance dans mon exploration habituelle des alentours. Mes pas me guident au centre-ville d’Asunción. Malgré toutes mes tentatives, la ville ne comporte que très peu d’intérêt à mon goût et je ne m’y attarde guère. La seule vraie découverte extraordinaire de cet endroit, c’est que j’ai retiré un million de guaraní à la banque. L’équivalent de 150 €. Juste pour le plaisir de retirer un million au distributeur au moins une fois dans ma vie.

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Asunción n’est vraiment pas à mon goût

J’y achète tout de même un t-shirt. Rappelez-vous en, j’y reviendrai.

Mon but est d’atteindre la Ciudad del Este dans la région d’Alto Paraná. Et me voilà à nouveau dans un bus pour des heures de route à travers la jungle. C’est alors que s’est produit un évènement inoubliable. Je n’ai jamais ressenti une telle honte de toute ma vie.

J’étais donc assis dans ce bus en direction de Ciudad del Este, à regarder par la fenêtre, bien impatient d’arriver. C’est alors qu’une fille s’approche. La peau caramel, les yeux verts, un visage gracieux et une ligne parfaite, elle est tout simplement sublime. Tractant sa valise à roulette derrière elle, elle scrute du regard les numéro de siège jusqu’à trouver le sien. Elle s’arrête à ma hauteur, me fait un énorme sourire et me dit que c’est sa place. elle est brésilienne. Et là, je commence à stresser.

« Pourquoi stresser pour rien ? » me demanderez-vous.

Je crois que cette rencontre n’aurait pu arriver à un pire moment. Je viens de me taper une semaine de bus en Bolivie pour trouver une ville qui faisait la liaison vers le Paraguay. Si on ajoute les 15 heures de bus la veille plus ces 7 heures-ci, j’en suis à 9 jours de trajet.

La nuit dans les bus et la journées dans les stations à attendre le bus.

Et vous savez ce qui fait complètement défaut dans une station de bus ? Non ? Des douches. Des endroits où je pourrais nettoyer mes fringues.

Donc ça fait 9 jours que je porte le même t-shirt, à transpirer dedans comme un gros chacal par 35°C. Et même si j’ai pris une douche à l’auberge, le t-shirt est condamné. J’ai donné mes vêtements avant de quitter Santa Cruz. J’avais prévu de ne mettre qu’une journée pour atteindre Asunción. J’ai été pris au dépourvu.

Donc cette magnifique brésilienne, une minute après s’être assise à mes côtés, commence à sentir ma bonne transpiration qui fouette. Elle tourne la tête, écœurée. Elle demande au contrôleur si elle peux changer de place. Son corps tout entier me tourne désormais le dos. Et dire que d’habitude c’est moi qui ne supporte pas les gens qui puent dans les transports en commun. C’est juste horrible.

Couvert de honte, je retire mon t-shirt, le glisse dans un sac plastique que je noue solidement et me recouvre de solution hydro-alcoolique. Le torse, les aisselles, le dos. Tout. J’enfile alors le t-shirt acheté à Asunción. Et c’est la que vous me dites :

« – Hein ? Mais t’es bête ou quoi ! Pourquoi tu ne l’a pas mis dès le départ ?

-Mais parce que je n’avais jamais prévu une seule seconde qu’un truc pareil puisse se produire ! »

M’ayant vu me changer, elle respire. Ça ne sent plus. Elle se retourne vers moi, sans dire mot. Elle jette un coup d’œil en ma direction. Le contrôleur vient alors lui dire qu’il a une place derrière.

Elle se lève et suis le contrôleur. Le reste du transport se passe à revivre la scène encore et encore dans ma tête comme quiconque ayant jamais eu honte l’a déjà fait.

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Mon nouveau t-shirt tout propre !

Nous arrivons à la nuit tombée. Je la vois monter dans un taxi. Elle me regarde derrière la vitre, se demandant qui pouvait bien être cet aventurier qui puait tant et qui le savait pourtant.

Je n’ai plus jamais passé un seul voyage sans avoir de vêtements de rechange. Avec le recul, je pense que j’aurais du lui dire d’emblée.

« Salut, d’habitude j’ai une hygiène irréprochable mais là, je viens de passer 10 jours dans les bus et mon t-shirt fouette. J’avais prévu de m’en débarrasser ce soir, mais comme tu es assises juste à côté, je vais le faire maintenant. »

Ça aurait été bien moins horrible. Pour elle, et pour moi. Mais continuons. La journée n’est pas encore finie…

Le bus m’a lâché dans une sorte de parc et la nuit est déjà bien avancée. Je marche jusqu’à tomber sur une hôtel miteux. Pour 3 € la nuit, je peux bien me prendre une chambre individuelle ! La douche est longue et le repas frugal. Pour rajouter un peu de piment à ma journée déjà bien trop chargée, l’hôtel est infestés de cafards. J’en tue bien un ou deux mais écrasé par la fatigue, je renonce à les pourchasser tous. Je mets du produit répulsif sur les pieds de mon lit, vérifie sous les draps qu’il n’y en a aucun et m’écroule de sommeil.

Au réveil, je m’empresse de partir. En réalité, Ciudad del Este est un endroit exceptionnel. Le bus m’avais déposé bien loin de la frontière brésilienne et il me faut 20 bonnes minutes de mototaxi pour l’atteindre. C’est une ville frontalière plus portugaise qu’espagnole. L’atmosphère qui s’en dégage est indescriptible.

Une émeute dans la ville rend le pont séparant le Paraguay et le Brésil quasiment impraticable.

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Vous aussi vous sentez l’atmosphère lourde et pesante d’une émeute ?

Voyant des motos-taxis de partout, j’en interpelle une pour lui demander ce qu’il se passe.

Il ne sait pas, mais la télé est présente et des soldats commencent à se déployer du côté paraguayen. Les véhicules ne peuvent plus circuler sur le pont. Les gens font demi-tour sur la route, les chauffeurs tentent de faire passer leur motos par-dessus la barricade réservée aux piétons, les brasileros rentrent au pays avec leurs gros sacs de courses pleins à ras-bord.

J’assiste à un véritable spectacle où toute la ville semble avoir été gagnée par la folie. Je grimpe sur une moto et pars vers le centre-ville, curieux de voir l’ambiance qui y règne. Aussi nombreuses que des abeilles dans une ruche, les rues bondées de monde ne laissent aucun répits aux innombrables échoppes postées sur les trottoirs. Les voitures bloquées un peu partout klaxonnent et les chauffeurs s’engueulent avec les passants. Dans une ambiance de fin du monde, tout le monde semble avoir perdu l’esprit.

Malgré mon profond attrait pour cet endroit original, il me faut continuer. Les merveilleuses chutes Iguaçu sont proches. La ville brésilienne de l’autre côté du pont s’appelle Foz do Iguaçu. Allez, l’appel de l’aventure résonne à mes oreilles. Je continue ! »

 

J’espère que ce chapitre vous a plu. Le thème de la semaine prochaine n’est pas encore décidé. Islande, Yellowstone, Amazonie ? À réfléchir. Partagez si vous aimez !

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2 Commentaires sur "Bus et poussière au Paraguay, partie 2/2"

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yves domecq
Invité

c est le t shirt que t avais toute la semaine derniere? 🙂

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