Bus et poussière au Paraguay, partie 1/2

L’Amérique du sud est un lieu étonnant et sauvage. Parfois même dangereux.

 

Mais c’est une véritable mine d’or pour tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la flore et à la faune. L’Amazonie bien sûr, refuge pour des milliards de créatures totalement inconnues, mais pas que. La jungle vivante et luxuriante s’étends bien après l’Équateur et le Brésil, ce qui laisse libre cours à l’imagination des voyageurs en quête d’aventures

 

Cette semaine, nous sommes à la dérive vers le bout du monde. Nous partons au cœur de l’Amérique du sud, dans les terres quasiment inexplorées du Paraguay.

Depuis que j’ai quitté Santa Cruz de la Sierra en Bolivie et traversé la frontière du Paraguay, le paysage est plutôt monotone. Pour l’instant, ça n’a été que jungle à gauche, jungle à droite et quantité impressionnante de perroquets inondant les cieux. Ces oiseaux, semblables à des arcs-en-ciel sur pattes, sont plutôt craintifs face au ronronnement du moteur. Les couleurs de leurs plumes sont irréelles : émeraudes, écarlates, ou encore jaune éclatant, c’est un véritable ballet aérien qui s’envolent sur notre passage. Une pure merveille.

Je me remémore la discussion avec Charlie, ce vieil américain rencontré à La Paz, en Bolivie, il y a une semaine :

« Damn ! c’était-il exclamé. Le Paraguay est un pays des plus sauvages du coin. Ma Jeep avait fait peur à un groupe d’Ara qui avait pris la fuite sous mes yeux. Déformation professionnelle (je tenais une animalerie aux US dans le temps), je n’ai pas perçu un seul instant la beauté du moment, j’ai seulement vu des bestioles de 500$ pièce m’échapper ! »

Ah les américains ! Mais il avait raison sur un point : Le Paraguay est vraiment sauvage. J’ai dû voir une dizaine de fermes tout au plus depuis ce matin. Ce pays dispose d’un petit côté intouché qui n’est pas pour me déplaire !

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Ces villages sont parfois à des heures de route du prochain stop

Ma destination est la capitale, Asunción. Mais d’après la description très vague du bolivien qui m’a vendu le ticket, je ne suis pas prêt d’être arrivé …

Notre premier arrêt est bien entendu le contrôle anti-drogue. Le poste des douanes est à des heures de route de l’actuelle frontière et vu qu’il n’y a qu’une seule route, on ne peux pas l’éviter. Un bâtiment en béton sommaire faisant office de bureau est planté au beau milieu de la jungle. Mis à part deux tables, trois chaises et un bâche en toile étendue sur le sol, il n’y a pas grand chose. Ni meuble, ni fourniture, ni quoique ce soit qui puisse ajouter une touche de personnel à cet endroit.

La feuille de coca étant légale au Pérou et en Bolivie, leur travail est laborieux et les forces spéciales du poste le prennent très au sérieux. Pour une raison qui m’échappe totalement, un énorme toit en tréteaux de métal surplombe nos têtes.

L’un des commandos nous ordonne de descendre du bus en emportant la totalité de nos bagages, nous font mettre en ligne à deux pas derrière nos affaires, les mains le long du corps et demandent le silence.

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Déchargement du bus au milieu de nulle part pour un contrôle anti-drogue

À un moment je m’attendais presque à ce qu’ils nous mettent à genoux, mains sur la tête avec croisement d’index et de chevilles mais je ne me fais pas de bile, aucun trafiquant ne serait assez stupide pour passer trois plombes à se casser le dos dans un bus aussi pourri.

L’un des commandos passe avec un chien de berger belge, fameux chien anti-drogue. Les plus célèbres sont entraînés par une brigade spéciale belge et les chiens ne répondent donc qu’à des commandent en flamand.

« Zoek ! Zoek ! »

Cherche ! Cherche ! lui répète le maître-chien. Ils fouillent minutieusement nos sacs, nous posent des questions, laissent le chien tourner un peu autour du bus et de nos valises et 1 h 30 plus tard, nous sommes de nouveau sur les routes primaires du Paraguay.

Nous subissons une brève mais violente averse.

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Une pluie violente inonde subitement la route de terre

Deux heures plus tard, le sol est de nouveau sec comme pas possible. Je n’oublierai jamais ce trajet. J’en ai fait des heures de routes, d’incalculables kilomètres passés à rouler par -30°C ou +50°C, par pluie, vent et blizzard. Mais celui-ci est mon premier du genre. Je découvre une sensation pour le moins curieuse. Nous sommes le 26 novembre, soit le plus loin qu’on puisse se trouver de la saison humide. Le sol est si sec, la route si primaire, que la chaleur accablante craquèle le sol. Laissez moi vous décrire l’ambiance qui règne à cet instant précis du voyage.

Imaginez un bus vieux de 50 ans, sans suspension, plein à craquer, roulant à toute vitesse sur un chemin inégal et non goudronné.

Maintenant ajoutez 35°C à l’ombre et un vacarme assourdissant provenant du moteur. Remplissez ensuite tout l’habitacle de poussière si épaisse, si dense et si collante qu’elle rend l’air irrespirable. Vous aurez alors une petite idée des 15 heures qui suivirent. Un vrai supplice. J’espère ne plus jamais revivre une telle expérience. Je dois respirer par de brefs halètements à travers la première pièce de tissu qui me passe sous la main : mon t-shirt.

Essayez de dormir dans ces conditions, la tête collée sur des rideaux chargés de poussière !

Nous laissons les dames et enfants s’accrocher au toit-ouvrant pour leur permettre d’attraper une minuscule bouffée d’air non-saturée. Quelques militaires dans le bus tentent tant bien que mal de prendre sur eux mais l’impatience guette. Tous les infortunés à moitié asphyxiés toussent. Les mères enveloppent la tête de leurs nouveaux nés dans un linge tout en les berçant dans leur bras pour les rassurer. Un geste pur dans une atmosphère souillée.

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Dans ce bus infernal, la moindre ouverture sur l’extérieur fait entrer encore plus de poussière

 

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3 Commentaires sur "Bus et poussière au Paraguay, partie 1/2"

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Stéa
Invité
Ah ça me rappelle le Sénégal de Dakar à Thilogne dans le Sahel, même vieux bus des années 50 j’imagine que pour toi. Le bus bondé, il y a des gens assis partout même au sol dans le couloir du bus, il y a des cages avec des poulets, des personnes avec un vieux transistor qui essayent de passer le temps, et la chaleur, 50°, le siège en vieux skai aux ressorts apparents qui colle à la peau, le dossier tellement cassé que si je m’y appuie je me retrouve sur les genoux de mon voisin de derrière, 12 heures… Lire la suite »
Stéa
Invité

Ouais, j’ai vu sur ta carte qu’il te reste encore des aventures à vivre dans ton tour du monde. Va, vie et deviens.

PS : Essaye d’installer une option sur le blog pour que l’on soit averti par mail d’une réponse à un commentaire. Merci.

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