Aux portes de la jungle, 2/2

La partie 1 des portes de la jungle se trouve ici !

 

La traversée prend plus de 2 jours sur un vieux rafiot essoufflé. Mais il flotte et je n’échangerais aucune de ces heures passées à admirer la beauté de ces contrées contre tout l’or du monde.

Les journées sont ponctuées des repas à base de manioc, toujours sonnés par une vieille cloche rouillée. Le reste du temps, je le passe soit dans mon hamac, soit accoudé au bastingage, observant les rives d’un air conquérant.

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Mon hamac en toile parmi ceux des locaux sur un bateau remontant le fleuve Amazone au Brésil

« Vivement l’accostage, que je puisse m’enfoncer dans ces territoires inexplorés » murmurais-je pour moi-même.

Une après-midi, où était-ce une matinée ? La chronologie de ces événements est plutôt embrumée, le bateau suivant inlassablement son cours depuis des dizaines heures et les rives changeantes sont malgré tout recouvertes de la même végétation luxuriante.

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Les côtes du fleuve Amazone changent brusquement. Terres, boues, jungles, ou brousse.

Mais qu’importe. Durant la traversée, ma rêverie est stoppée nette lorsque, admirant les eaux boueuses de l’Amazone, une masse rose jurant avec l’eau brunâtre apparaît brièvement hors de l’eau avant de disparaître tout aussi subitement.

« – Wow ! soufflais-je.

– Boto, m’explique la charmante brésilienne ayant installé son hamac à côté du mien.

– Boto. » répétais-je à voix haute.

Boto. Le nom du dauphin rose d’Amazonie. J’en avais entendu parler. Mais je n’imaginais pas qu’il soit d’un rose si vif. Je ne doute désormais plus de rien ! sachant que de telles créatures puissent exister dans un endroit tout aussi merveilleux. Le voyage n’en devient que plus excitant !

Malheureusement, ce fut le seul dauphin que je vis et il n’est pas resté assez longtemps pour le prendre en photo. Nous croisons quelques curieuses maisons, flottants sur le fleuve.

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Des maisons flottantes en Amazonie, Brésil.

À l’accostage, je commence à hyper-ventiler.

Ça y est. L’accomplissement final de ma destinée. Tous mes pas, toutes mes tentatives et toutes mes expériences m’ont mené en ce point précis. Je ne tenais plus.

Me voici à Téfé, petite ville au cœur de L’Amazonie, située 500 kilomètres à l’Ouest de Manaus.

Comme à mon habitude, je pars en quête d’un logement. Je marche dans quelques rues et trouve un hôtel vraiment bon marché. J’ai la chambre n°4. Oui, c’est un petit hôtel. Il dispose d’une cuisine. Super ! Je dépose mes vivres dans le frigo et part déballer mon sac et prendre une douche pour me décrasser de ce long voyage en bateau. Je m’allonge 5 minutes, histoire d’avoir les yeux fermé dans un endroit sûr un instant. Je les réouvre deux heures plus tard. Eh bien ! Ce n’est pas dans mon habitude ! Sans doute l’émotion. Tout ça m’a donné faim, je vais faire cuire mes pâtes. Quand j’allume la lumière de la cuisine située à 10 mètres de ma chambre, je vois des ombres grouillantes disparaître dans tous les recoins. Ah. Je ne suis pas seul. Des cafards sont en nombre ici. J’ouvre le frigo et l’un des grouillant me tombe sur le pied.

« AHHHHH BEURK ! » fis-je en secouant le pied de toutes mes forces.

Des cafards grouillent dans le frigo également.

« Eh bien ! Je peux dire adieu à ma bouffe ! » m’exclamais-je, dégoûté.

Je peux manger n’importe quoi. Mais rien qui ne soit infesté d’œufs de cafards.

Bon, je vais en ville me trouver un restaurant !

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Le village de Téfé après la pluie, dans le cœur de l’Amazonie, au Brésil

Je m’aventure dans la ville et tombe sur un restaurant non loin de la rive, donnant une vue dégagée sur un grand terrain de foot éclairé par de gros projecteurs. Je commande le plat typique de ce coin du pays : poulet aux légumes saupoudré de manioc.

La chaise et table sur laquelle je suis assis sont en plastique rouge. J’ai déjà mangé sur ce genre de matériel quelque part. Je n’arrive pas à me souvenir où !

En attendant mon plat, j’observe les jeunes jouer au foot. Ici ils n’ont pas grand chose, et ils sont plus heureux qu’aucun européen n’a jamais été dans sa vie connectée.

D’énormes masses noires tournoient autours des projecteurs illuminant le match. Les insectes volants ou rampants sont légion dans cette partie du monde ! Je n’oublie pas de prendre ma pastille de , prescrite par la jolie infirmière du centre Airfrance qui m’a fait les vaccins contre toutes les maladies imaginables : Méningite, Hépatite, Fièvre Jaune, …

Quand je lui avais expliqué partir au cœur de l’Amazonie pour une période indéterminée, elle m’avait fortement déconseillé les anti-malaria classique, bourré d’effets secondaires et à ne jamais prendre pendant plus de quelques jours.

Ces pastilles sont des antibios over puissant que je dois prendre avec un grand verre d’eau au milieu de mon repas du soir. Je ne dois en revanche pas m’allonger avant 30 minutes sous peine d’avoir des brûlures / ulcères d’estomac. Oui, rien que ça. A ce qu’il parait, ça rends la peau sensibles aux UVs mais je n’ai pas vraiment eu ces effets. De toutes façons dans ces endroits bourré de bestioles, la règle de survie élémentaire est de porter jean et t-shirt manches longues pour éviter les bestioles qui ne rêve que de goûter du sang d’occidentaux. Les 30 minutes fatidiques passées, je pars me coucher. Cependant, la journée n’est pas terminée. Des cafards ont envahis ma chambre, j’en compte 6 à côté du lit et 2 dans la salle de bain.

Il ne me vient même pas à l’esprit de changer de chambre au vu de la cuisine, toute la ville est infesté. Ils font parti du décor pour les locaux. J’ai beau avoir perdu bien des préjugés sur le monde, les cafards et les moustiques sont les deux espèces qui me répugnent.

J’en tue 1, 2, 3. Puis je perds assez rapidement ma combativité. Je recouvre les pieds de mon lit de produit anti-moustique, vous savez le bon DTT qui pique les yeux, vérifie sous les draps qu’il n’y en aurait pas un caché, me sert de mon sac comme oreiller (je n’allais pas le laisser par terre à leur merci quand même !), fait ma prière au dieu des cafards pour qu’il me protège et n’envoi pas ses fidèles crapahuter sur mon visage à 2 heures du mat, puis m’endors.

Je passe deux jours à sentir la vibe de la ville, à étudier les rives. Après cette période, je ne tient plus : je pars réaliser mon rêve, survivre seul dans la jungle amazonienne.

Je me lève à l’aube, achète une machette à un vieil homme et cherche une embarcation pouvant me faire remonter le fleuve. Je savais que ça serait difficile. Je ne pensais pas que ce serait infaisable. Je questionne tous les pêcheurs locaux vivant dans leur barque 1 place, aucun ne comprends vraiment ce que je veux. Je ne parle pas portugais mais quand même ! Je fais la rencontre du capitaine d’une rafiot qui fait le tour des communautés indigènes du coin. Le capitaine est surpris de voir un européen, encore plus quand je lui raconte où je veux être déposé. Il me faut lui expliquer longuement car il n’utilise pas de cartes pour naviguer.

Je suis bluffé. Voguer ici sans carte ? C’est juste inimaginable pour moi. Ça se voit qu’il a fait ça depuis longtemps ! la conversation n’avançant pas, je conclus par la solution de facilité :

« Bon, conduit et je te montrerai où me déposer. »

Je suis plutôt bon en lecture de carte. Je suis même excellent. J’ai une bonne mémoire. Mais se repérer sur l’Amazone où chaque rive est tout simplement recouverte de végétation luxuriante est horriblement ardue. Après 2 heures de navigation sur le fleuve Amazone, je crois reconnaître le terrain qui m’intéresse. Je vais voir le capitaine.

«- Voilà, ici c’est mon arrêt !

– Qué ? Mais y a pas de casa, ni rien, ni personne !! Je te dépose plutôt à Maha-dja-rahi (je ne suis pas sûr de l’orthographe sur ce coup-là). C’est une communauté qui vit à quelques kilomètres sur l’autre rive. m’a-t-il proposé, incrédule.

-No, no amigo ! Tu me déposes là. Je sais ce que je fais ! » lui rétorquai-je narquois.

Les passagers, tous typé indien natifs d’Amazonie, étaient hilares. Visiblement ils n’avaient jamais vu un aventurier. Plutôt un dingue.

Se disant qu’après tout, il ne peux pas sauver quelqu’un qui ne souhaite pas être sauvé, il se rapproche le plus possible de la rive impraticable et me dit :

« Salta ! »

Je débarque en sautant dans l’eau qui m’arrive jusqu’aux chevilles, puis le bateau s’éloigne. En posant le pied sur la rive boueuse et glissante, un frisson me parcourt l’échine. J’y suis.

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2 Commentaires sur "Aux portes de la jungle, 2/2"

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Stéa
Invité
Ah les cafards, je les ai aussi en horreur et il y en a un que je ne pourrais jamais oublier. En 2001 avant les attentats et les problèmes que connaît la Syrie actuellement j’ai passé un été à Damas. J’avais atterrie de nuit, en retard et je ne connaissais personne ni n’avait d’adresse où logeait. Un père de famille super sympa m’a laissé passer la nuit dans la mosquée de l’aéroport, à la fin de son service il m’avait ramené chez sa famille, après avoir passé une semaine chez eux, j’ai squatté chez un couple de français qui louaient… Lire la suite »