Aux portes de la jungle, 1/2

Toute ma vie, j’ai désiré atteindre cet endroit. Me mesurer à elle. Et la voilà. L’Amazonie.

 

Côté-effondrée-fleuve-Amazone-Brésil

Les côtes du fleuve Amazone sont des plus instables et sous les pluies diluviennes, s’effondrent. Heureusement, la végétation luxuriante reprend vite le dessus ! 

Je ne saurais décrire le sentiment m’envahissant le cœur dans l’avion pour Manaus. Généralement je préfère voyager par voie terrestre, quoique pour le coup il n’y a aucune voie terrestre pour atteindre Manaus depuis le Panama. Il aurait fallu que je rejoigne la côte Est du Brésil et remonte le fleuve pendant une semaine de bateau. Mais je ne peux plus tenir, je bous littéralement de l’intérieur. Je dois absolument et irrémédiablement aller en Amazonie. C’est mon rêve depuis aussi loin que je me puisse me souvenir.

À l’atterrissage, j’ai le cœur lourd. Je me renseigne rapidement sur une auberge et grimpe sur une moto-taxi.

Tiens ! Personne ne prend les dollars américains ici ? C’est bien ma veine ! Je vais devoir changer tout ce qui me reste.

Je lui demande de me déposer à la banque où je retire avec grande difficulté des réals. Mes deux cartes Visa ne fonctionnent à pratiquement aucun distributeur de la ville !!

Ma caméra est morte, je n’ai donc plus de quoi faire des photos, mise à part avec mon téléphone acheté à 30$ à Mexico City. Tant pis. Quand l’endroit est exceptionnel, prendre des photos ne fait que gâcher le moment présent.

Arrivé à l’auberge, je discute avec le réceptionniste. Il est Sénégalais et c’est avec une grande joie que je parle français avec lui. ça faisait longtemps ! Notre conversation est bientôt rejointe par Rudy, un français également venu se balader dans le coin. Rudy est à Manaus depuis plusieurs semaines et me fait découvrir les coins sympa de la ville. Moi c’est le port qui m’intéresse surtout. Je compte remonter la rivière vers l’ouest, vers le cœur de la jungle.

Nuages-noirs-fleuve-Amazone-Brésil-pluie

Les nuages noirs grondent sur le fleuve Amazone. La pluie ne saurait tarder !

Je passe 3 jours dans la ville afin de m’acclimater à la région, à la langue et à ses coutumes avant d’acheter un billet pour Téfé, dernier bastion de civilisation avant la Nature sauvage.

Le bateau part à 5 h du matin, le RDV est à 3 h 30.Je suis tellement excité à l’idée d’y partir que je me rends sans réfléchir aux quais du guichet où j’ai acheté mon billet. En plus, je suis en avance : il est 3 h. De toutes façons, je n’arrive pas à dormir.

J’erre dans les rues désertes de la ville et une fois rendu au quai, un sentiment d’inquiétude m’envahit. Il n’y a personne. J’attends, j’attends j’attends. Puis je regarde mon billet.

« Horreur ! Le RDV ici était à 2 h 30 ! 3 h 30, c’est l’autre adresse. Imbécile fini ! Mais tu ne pouvais pas lire ton billet jusqu’au bout non ? Abruti !! »

Mon niveau de stress étant à son comble, je cours de toutes mes forces jusqu’à l’adresse inscrite sur le billet. Après m’être égaré plusieurs fois dans des ruelles, je réalise que l’adresse est en contrebas de la rue où je marche en ce moment. Il s’agit d’une immense plage de terre boueuse où une dizaine de quais sommaires composés de planches de bois sont installés. Des familles dorment recroquevillées dans leur minuscule embarcation, des gens pêchent, d’autres sont allongés sur les quais. Cette noirceur envahissante n’est brisée que par quelques rares lampadaires faiblards projetant leur ombre sur le sol. Dans cette ambiance des plus glauques, j’interroge toutes les personnes éveillées que je croise. Chacun m’indique le quai suivant. Au bout de 20 minutes, complètement désespéré, je tombe sur un pêcheur au regard vif qui m’indique : le quai d’après.

« Mais c’est pas possible, ils se foutent vraiment tous de ma gueule ! Et dire que je rêvais de ce moment depuis toujours !! Ça ne peux pas arriver. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas en train d’arriver. Je n’ai pas rater mon départ. Non ! Je dois trouver ce bateau ! »

Je monte sur le quai tremblant et instable indiqué par le pêcheur vif et vois gravé sur la coque le nom de mon bateau pour Téfé.

« YES ! Je l’ai trouvé ! Je suis trop fort ! Je suis GE-NIAL ! »

Je monte à bord, ravi, le niveau de stress toujours à son maximum. Ça vous réveille un homme une telle poussée de stress à 3 h du mat. Je vérifie rapidement avec un matelot qu’il s’agit bien du bateau en partance vers Téfé. Il me répond par l’affirmative, vérifie mon billet et me laisse rapidement monter à l’étage en m’expliquant d’attacher mon hamac où bon me semble. J’installe rapidement mon hamac en toile et une fois le stress et l’excitation redescendus, je m’endors du sommeil des justes.

Hamac-rafiot-Manaus-Téfé-Amazonie-voyage

Nous sommes si serrés que nos hamacs s’entrechoquent lors des remous du fleuve Amazone.

Un son de cloche tintant à 6 h du mat m’extirpe de ma torpeur. Tiens, ils servent le petit-déjeuner ici ? Je fais la queue parmi les amazoniens rentrant chez eux à moitié endormi.

« – C’est quoi au menu ? demandais-je à ma voisine.

– Des légumes au manioc. Tu verras, c’est bon.  » répond-t-elle avec un clin d’œil.

Miam. C’est la première fois que je mange du manioc à 6 h du mat mais je dois reconnaître que c’est bon. Le seul petit bémol, c’est que la poudre de manioc craque sous la dent. C’est comme essayer de manger de la semoule de couscous crue.

Eh bien ! C’est plutôt dépaysant. Et puis ça prouve que je suis parmi les locaux ! Et en plus, j’ai faim.

Je n’en reviens toujours pas, je suis en Amazonie et je navigue sur l’un des fleuves les plus long au monde. Je réalise un voyage qui a bercé mes rêves les fous depuis que j’ai 7 ans. Je savoure chaque instant comme si c’était mon dernier !

 

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